La baisse de fertilité des sols représente l'un des défis agronomiques majeurs à Madagascar. Si le fumier reste l'amendement organique le plus couramment utilisé par les agriculteurs malgaches, son efficacité seule s'avère souvent insuffisante pour répondre aux exigences de production des cultures maraîchères à cycle court, particulièrement sensibles à la disponibilité immédiate des nutriments. Les déchets de charbon de bois — sous-produits largement disponibles dans les ménages ruraux malgaches — constituent une ressource locale peu valorisée. Bien qu'ils ne soient pas strictement équivalents au biochar produit par pyrolyse contrôlée, ces résidus pourraient améliorer certaines propriétés physico-chimiques et biologiques du sol (rétention hydrique, pH, activité microbienne) lorsqu'ils sont incorporés comme amendement. Cette étude, conduite par le MIP dans la région Alaotra-Mangoro, évalue leur potentiel en combinaison avec le fumier sur la culture du petsaï (Brassica rapa var. chinensis), plante maraîchère à cycle court très dépendante de la fertilité initiale du sol.
 
Objectifs
L'étude vise deux objectifs principaux : (1) comparer l'effet du fumier seul, du fumier combiné aux résidus de charbon, et des résidus de charbon seuls sur la croissance végétative du petsaï (hauteur des plants au fil du temps) ; et (2) évaluer l'impact de ces trois traitements sur la biomasse aérienne (parties récoltables) et la biomasse racinaire de chaque pied, indicateurs directs du rendement et de la vigueur des plants.
 
Méthodologie
L'expérimentation a été conduite en blocs randomisés complets avec 3 répétitions, comprenant 9 parcelles élémentaires de 2 × 2,5 m (5 m² chacune). L'écartement entre poquets de semis était de 20 cm et l'irrigation fixée à 30 L/m²/semaine — un apport nettement supérieur à l'étude sur la pomme de terre, reflétant les besoins plus élevés du petsaï. Les trois traitements comparés étaient : T1 = Fumier seul à 10 t/ha (traitement de référence) ; T2 = Fumier (dose réduite) + résidus de charbon de bois à 5 t/ha ; T3 = Résidus de charbon de bois seuls à 5 t/ha. Les données collectées portaient sur la hauteur des plants mesurée à 7 dates successives (S1 à S7) pour suivre la dynamique de croissance, ainsi que sur les biomasses aérienne et racinaire en fin de cycle, exprimées en grammes par plante.
 
Résultats principaux
Les résultats de croissance (Figure 1 du poster) montrent une progression similaire pour T1 et T2 tout au long du cycle, T3 restant nettement en retrait dès les premières semaines. En fin de cycle (S7), T2 et T1 atteignent des hauteurs comparables et supérieures à T3. Le traitement T2 (fumier + résidus de charbon) produit la biomasse aérienne la plus élevée à 916 g par plante et des racines plus volumineuses que T3. Les différences entre T1 et T2 sont observables mais ne sont pas statistiquement significatives, ce qui indique que les deux traitements sont agronomiquement équivalents pour la croissance du petsaï dans ces conditions.
 
Discussions et interprétation
La performance supérieure ou équivalente du traitement T2 (fumier + résidus de charbon) par rapport au fumier seul (T1) s'explique potentiellement par plusieurs mécanismes complémentaires. Les résidus de charbon, même sans pyrolyse contrôlée, peuvent améliorer la porosité et la rétention hydrique du sol, créer des microhabitats favorables à la microflore bénéfique, et contribuer modestement au pH et à l'adsorption des nutriments. En association avec le fumier, ils forment un substrat complémentaire : le fumier fournit les éléments nutritifs rapidement disponibles, tandis que les résidus de charbon améliorent les propriétés physiques du milieu racinaire. La faible performance de T3 (résidus seuls) confirme que les déchets de charbon, sans apport nutritif complémentaire, ne suffisent pas à alimenter une culture maraîchère exigeante comme le petsaï. Leur usage isolé n'est donc pas recommandé. Les auteurs notent également que les caractéristiques initiales du sol (pH, texture, teneur en MO) peuvent influencer ces observations et que des essais complémentaires sur d'autres types de sol seraient nécessaires pour confirmer la généralisation de ces résultats.
L'association fumier + résidus de charbon de bois (T2) représente le meilleur compromis pour la culture du petsaï en termes de croissance et de biomasse produite. Cette combinaison permet une valorisation agroécologique intelligente de déchets localement disponibles à faible coût, sans nécessiter de processus industriel de transformation. Pour les agriculteurs, l'ajout de résidus de charbon au fumier constitue une pratique accessible et pertinente pour améliorer la productivité maraîchère en saison sèche. Des études complémentaires sur différents types de sols et avec des doses variables permettraient d'affiner ces recommandations.